Le made in Algeria s’exporte vers l’Afrique

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Wassila. B

C’est un événement qui pourrait marquer un tournant discret mais décisif dans l’histoire industrielle de l’Algérie. Depuis Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, l’usine Fabcom a entamé l’exportation de batteries automobiles vers le Cameroun. Non pas à titre symbolique, mais dans le cadre d’un partenariat solide avec le groupe Stellantis, l’un des géants mondiaux de l’automobile. Ce n’est plus un test, ni une promesse : c’est une concrétisation.

Pendant des décennies, l’économie algérienne a buté sur un plafond de verre : celui de la rente des hydrocarbures. Tous les plans de diversification butaient sur la même réalité : l’industrie locale peinait à franchir le cap de l’exportation hors énergies fossiles. Aujourd’hui, sous l’impulsion d’une stratégie nationale volontariste et d’acteurs privés et publics audacieux, le décor change. Cette opération d’exportation n’est pas un événement isolé. Elle est le fruit d’un travail de fond sur la qualité, la conformité aux standards internationaux, et la montée en compétitivité.

Ce qui frappe, c’est la double signature de cette réussite. D’un côté, Fabcom, fleuron local implanté dans les hauts plateaux de l’Est, qui prouve qu’une entreprise algérienne peut produire des composants techniques de haut niveau. De l’autre, Stellantis, dont le sceau apporte une validation internationale et un accès privilégié à des chaînes logistiques africaines. Ensemble, ils ne se contentent pas d’exporter des batteries : ils exportent une preuve de fiabilité. Le choix du Cameroun n’est pas anodin. En ciblant l’Afrique subsaharienne, dans le cadre dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Algérie cesse de regarder uniquement vers le nord. Elle se tourne résolument vers le sud, là où les besoins en mobilité, en énergie et en équipements industriels explosent. Et c’est là une excellente nouvelle : l’Afrique a soif de batteries, et l’Algérie peut devenir l’un de ses principaux fournisseurs.

Bien sûr, il ne faut pas céder à l’euphorie. Une seule cargaison ne suffit pas à faire une filière. Les défis restent immenses : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en matières premières, former davantage de techniciens, fluidifier les corridors logistiques vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Mais le mouvement est lancé. Et ce mouvement, c’est celui d’une industrie qui sort de l’ombre pour entrer dans la lumière des échanges internationaux.

En présence du wali d’Oum El Bouaghi et des acteurs de la Chambre de commerce, on a vu dimanche ce que beaucoup attendaient : des camions chargés de produits finis algériens quittant le sol national pour conquérir un marché étranger. Ce n’est pas une petite batterie qu’on a embarquée. C’est un peu de la fierté nationale, sous forme de plomb-acide ou de lithium, mais surtout d’énergie économique. Que d’autres usines, d’autres wilayas, d’autres secteurs suivent cet exemple. Car la diversification ne se décrète pas : elle se prouve, voyage par voyage, exportation par exportation. Dimanche, depuis Aïn M’lila, l’Algérie a donné un « volta »,  un coup de courant, à sa révolution industrielle.