
Wassila. B
Les Algériens sont appelés aux urnes le 2 juillet prochain pour élire leur dixième législature. À première vue, ce scrutin pourrait ressembler aux précédents : une campagne de vingt et un jours, des affiches, des meetings, des passages médiatiques… Pourtant, une lecture plus attentive révèle que ces élections portent en elles les germes d’une transformation politique profonde, peut-être décisive, pour l’avenir du pays. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’érosion silencieuse mais irréversible du réflexe partisan. Longtemps, le paysage électoral algérien fut dominé par des appareils politiques bien rodés, capables de mobiliser un électorat acquis d’avance. Cette époque touche à sa fin. La montée en puissance des listes indépendantes, encouragée par les réformes récentes, n’est pas un simple ajustement technique : c’est le signe que les citoyens en ont assez des soutiens automatiques. L’électeur d’aujourd’hui veut savoir ce que le candidat fera pour son avenir, pour son logement, pour l’école de ses enfants. L’appartenance partisane ne suffit plus ; il faut désormais démontrer sa proximité avec le terrain et sa capacité à transformer la plainte quotidienne en politique publique. Cette exigence nouvelle s’accompagne d’une concurrence féroce entre partis traditionnels et candidats indépendants, mais aussi d’un bouleversement méthodologique.
L’irruption du numérique dans la campagne (vidéos courtes, réseaux sociaux, communication directe) a déplacé une partie de la bataille électorale des salles de meeting vers les smartphones. Cet espace médiatique plus numérique et plus impitoyable oblige les candidats à une transparence et une réactivité inédites. C’est un progrès, à condition que la règle d’or soit respectée : la campagne se déroule en arabe et en tamazight, sans propos discriminatoires ni atteinte à l’unité nationale. L’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) aura là un rôle essentiel de garde-fou.
Autre fait marquant, le choix symbolique de plusieurs partis de lancer leur campagne depuis le Grand Sud. Du RND à Illizi, du MSP à Timimoun, du FLN à In Guezzam, ces formations politiques ont voulu rappeler que les wilayas frontalières sont la « première ligne de défense » du pays. Ce n’est pas une formule vide. En partant du Sud, le message de ces partis n’est pas seulement symbolique. Les partis promettent que ce message se traduise, après les élections, par des politiques concrètes en faveur des populations du Sud.
Le scrutin du 2 juillet n’est pas une simple formalité. C’est un test grandeur nature pour l’ensemble de la classe politique. Les partis historiques, bousculés par les indépendants et par le digital, doivent prouver qu’ils sont encore utiles. Les indépendants, de leur côté, doivent montrer qu’ils peuvent gouverner sans l’armature d’un appareil. Le 2 juillet, les Algériennes et les Algériens ne choisiront pas seulement des députés. Ils choisiront le modèle de démocratie qu’ils veulent pour les années à venir. Une démocratie où les appareils pèsent encore tout leur poids, ou une démocratie plus ouverte, plus exigeante, plus proche des préoccupations réelles. Le verdict est entre leurs mains. Et pour la première fois depuis longtemps, rien n’est joué d’avance.



