
Wassila. B
Le projet du Gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l’Algérie constitue une opportunité stratégique majeure pour l’Afrique et pour l’Europe en quête de diversification énergétique. Relancé en juin dernier à Adrar, ce projet pragmatique ne traverse que deux pays de transit (le Niger et l’Algérie) et représente une solution efficace pour acheminer le gaz nigérian vers les marchés européens. Pourtant, cette initiative fait face à des manœuvres de déstabilisation orchestrées par ce que d’aucuns qualifient désormais d’« Axe du mal », constitué du Maroc et des Émirats arabes unis, qui déploient des efforts considérables pour parasiter sa réalisation.
L’objectif de ces manœuvres est de faire dévier le tracé du gazoduc vers le Maroc afin de l’intégrer au projet concurrent dit « Gazoduc Afrique-Atlantique ». Ce tracé maroco-nigérian, qui prévoit de traverser pas moins de quatorze pays, relève davantage du mirage que d’une réalité tangible. Les experts internationaux émettent d’ailleurs de sérieux doutes quant à sa viabilité technique et financière. Sur le plan économique, la comparaison est sans appel : le coût du projet transsaharien est estimé entre 10 et 13 milliards de dollars, contre plus de 25 milliards pour son rival maroco-émirati, soit le double. À capacité de transport équivalente (30 milliards de mètres cubes par an), l’écart de rentabilité est flagrant.
La conception même des deux infrastructures révèle une différence fondamentale. Le projet Nigeria-Algérie est pensé comme une ligne directe d’exportation massive, destinée à injecter l’essentiel de son gaz vers un marché européen en quête d’alternatives fiables et sécurisées. En revanche, le tracé Nigeria-Maroc s’apparente à un véritable gouffre financier et logistique : la traversée de quatorze pays de transit expose le projet à des risques de sabotage accrus, sans compter la complexité diplomatique et juridique liée à la négociation des taxes de transit avec chaque État concerné. Ces obstacles multiples rendent le projet non seulement plus coûteux, mais aussi considérablement plus vulnérable aux aléas géopolitiques.
Les Émirats arabes unis ont déjà engagé d’énormes sommes d’argent pour tenter d’influencer les parties prenantes et bloquer la réalisation du gazoduc algéro-nigérian. Cette stratégie d’obstruction révèle l’importance capitale que revêt ce projet pour eux et leurs alliés européens : il représente leur seul et unique véritable objectif. Face à ces manœuvres, il est impératif que les pays concernés (Algérie, Nigeria et Niger) maintiennent leur cap et préservent ce projet structurant, garant d’une souveraineté énergétique africaine et d’une coopération régionale fondée sur des intérêts partagés et une vision pragmatique de l’avenir.

