M. B 

La future politique algérienne d’adaptation aux changements climatiques devra tenir compte de la diversité des vulnérabilités territoriales. C’est l’un des principaux enseignements avancés mardi à Oran par Samir Grimes, expert en environnement et changements climatiques, lors du deuxième atelier régional consacré à l’élaboration du Plan national d’adaptation. Pour lui, l’enjeu est désormais de passer d’une simple identification des risques à la construction d’une réponse différenciée selon les territoires, les écosystèmes et les activités exposées.

Après le Sud, représenté par l’étape de Ghardaïa, la concertation s’est déplacée vers le Nord-Ouest, avec la participation des wilayas d’Oran, Sidi Bel Abbès, Aïn Témouchent, Relizane, Mascara, Mostaganem et Tlemcen. Un territoire dont la vulnérabilité présente des caractéristiques très différentes de celles des régions sahariennes.

« Nous sommes dans une région à caractère méditerranéen, avec une importante façade maritime, une économie bleue, des richesses marines et côtières », souligne Samir Grimes. Cette configuration expose toutefois le territoire à des risques spécifiques, parmi lesquels l’érosion côtière, l’intrusion des eaux marines dans les terres et les menaces qui pèsent sur les espaces agricoles situés sur le littoral.

À cette dimension maritime s’ajoute le poids des activités industrielles, notamment dans les zones pétrochimiques d’Arzew et de Bethioua. Pour l’expert, cette combinaison de facteurs fait du Nord-Ouest un espace dont les vulnérabilités doivent être appréhendées selon une lecture propre, en tenant compte de ses caractéristiques économiques, environnementales et territoriales.

Cartographier les vulnérabilités

L’un des objectifs du processus engagé est précisément d’aboutir à une meilleure compréhension de la vulnérabilité climatique à l’échelle nationale. Il s’agit, explique Samir Grimes, d’identifier la répartition de cette vulnérabilité entre les différentes wilayas et les différents écosystèmes du pays : zones oasiennes, zones humides, régions montagneuses, espaces agricoles ou territoires côtiers.

Cette lecture territoriale doit ensuite déboucher sur des réponses concrètes. Le futur plan prévoit, selon l’expert, une « palette » d’environ 100 mesures d’adaptation, comprenant des actions sectorielles destinées notamment à l’agriculture, aux ressources en eau, à l’éducation et à la formation, à la recherche scientifique, aux mines ou encore à la pétrochimie.

À ces mesures sectorielles s’ajouteront des dispositifs transversaux. Samir Grim cite notamment les systèmes de surveillance et d’alerte précoce, appelés à jouer un rôle central dans l’anticipation et la gestion des effets négatifs des changements climatiques.

Autre outil appelé à accompagner cette démarche : un tableau national d’indicateurs quantitatifs d’adaptation. Celui-ci doit permettre de mesurer les progrès réalisés et de disposer d’une base d’évaluation des performances au niveau des wilayas.

Une politique construite à partir du terrain

Pour l’expert, la dimension participative du processus constitue cependant l’un de ses principaux atouts. Les ateliers régionaux permettent aux collectivités locales, aux secteurs institutionnels et aux différents acteurs concernés de faire remonter leurs observations, leur expérience et leurs propositions.

Samir Grimes observe à ce titre une évolution dans la perception institutionnelle des risques climatiques. Les représentants des secteurs disposent aujourd’hui, estime-t-il, d’une meilleure maîtrise des concepts de vulnérabilité et d’adaptation et abordent ces questions avec des outils et une approche davantage scientifiques.

Cette évolution est importante pour la mise en œuvre future du plan. Car une stratégie conçue sans tenir compte des réalités locales risque de rester éloignée des besoins du terrain. À l’inverse, une politique nourrie par les collectivités, les secteurs et les acteurs locaux peut favoriser son appropriation et faciliter son application.

C’est tout le sens de l’approche défendue par l’expert, qui résume la philosophie du processus par une formule : construire la politique climatique « de la base vers le sommet ».

Après Oran, les consultations se poursuivront à Sétif puis à Alger. À terme, l’objectif sera de réunir ces différentes lectures territoriales au sein d’un même cadre national, capable d’intégrer la diversité des vulnérabilités algériennes et de transformer le diagnostic climatique en mesures d’adaptation concrètes.