H. Nassira
Longtemps perçue comme une impasse, la dépendance aux stupéfiants peut aujourd’hui être prise en charge grâce à des protocoles thérapeutiques spécialisés associant suivi médical, accompagnement psychologique et réinsertion. À Oran, le Centre « El Wassit » de lutte contre les addictions, implanté au sein de la polyclinique Tayeb Dergaoui, au quartier Colonel-Lotfi, accompagne chaque année plusieurs milliers de personnes engagées dans un parcours de sevrage.
Selon la docteure Nassima Mahi, médecin coordinatrice de la polyclinique multiservices Tayeb Dergaoui, le centre accueille toute personne désireuse de rompre avec la dépendance. Elle souligne toutefois que la réussite du traitement reste étroitement liée à l’engagement du patient, à sa volonté de changer et à son adhésion au protocole thérapeutique mis en place.
Les résultats obtenus sont, affirme-t-elle, particulièrement encourageants. Près de 30 % des patients suivis réussissent à se libérer durablement de leur addiction, un taux qui témoigne de l’efficacité de l’accompagnement assuré par les équipes soignantes. Au-delà du sevrage, le dispositif vise à restaurer l’estime de soi, à consolider l’équilibre psychologique des patients et à favoriser leur réinsertion familiale et sociale.
Près de 2 400 bénéficiaires par an
Le Centre « El Wassit » assure mensuellement le suivi de 150 à 200 patients, tout en enregistrant en moyenne une centaine de nouvelles admissions, hormis durant le mois de Ramadhan où la fréquentation connaît un recul sensible. À l’échelle d’une année, près de 2 400 personnes bénéficient ainsi des différentes prestations proposées par cette structure spécialisée.
Pour la docteure Mahi, le recours aux soins constitue une étape essentielle face aux conséquences souvent dramatiques de la toxicomanie. Les addictions engendrent fréquemment de graves troubles psychiques et comportementaux pouvant conduire certains consommateurs à des actes de violence, voire à des infractions pénales.
Face à une progression préoccupante du phénomène, qui touche désormais certaines franges de la population scolaire, les pouvoirs publics ont renforcé leur dispositif de prise en charge à travers la création des centres « El Wassit », dédiés au traitement des conduites addictives. Ces structures offrent une approche globale combinant désintoxication, suivi médical, soutien psychologique et accompagnement vers la réhabilitation.
À la polyclinique Colonel-Lotfi, les patients suivent un programme thérapeutique individualisé élaboré par une équipe pluridisciplinaire composée de médecins et de psychologues. Consultations individuelles et collectives, cures de sevrage, suivi psychologique, éducation thérapeutique et accompagnement personnalisé sont autant de leviers mobilisés pour sécuriser le processus de guérison et limiter les risques de rechute.
La prévention, un levier essentiel
La responsable met également en avant le rôle déterminant des consultations familiales, qui permettent d’associer les proches au processus thérapeutique. L’implication de la cellule familiale contribue à mieux comprendre les mécanismes de la dépendance, à atténuer les troubles psychologiques, notamment les épisodes dépressifs, et à créer un environnement favorable au rétablissement du patient. Elle participe également au renforcement des capacités éducatives des parents afin de prémunir les adolescents contre les conduites à risque.
En conclusion, la docteure Nassima Mahi plaide pour un renforcement des campagnes de sensibilisation afin de mieux faire connaître les missions des centres « El Wassit » et d’encourager les personnes dépendantes à franchir le pas des soins. Elle souligne enfin que les activités sportives, culturelles et de loisirs proposées dans les maisons de jeunes constituent l’un des remparts les plus efficaces contre l’entrée dans le cycle de la toxicomanie, aux côtés des actions éducatives et de proximité menées sur le terrain.

