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POLLUTION TRANSFRONTALIÈRE DÉLIBÉRÉE DE OUED MOUILAH: Plus de 400 unités industrielles marocaines à proximité de la frontière algérienne

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Hafida Benarmas 

La pollution de Oued Mouilah, dont les eaux s’écoulent vers le barrage de Hammam Boughrara, dans la wilaya de Tlemcen, soulève de sérieuses inquiétudes quant à ses origines et à ses répercussions environnementales. L’enquête menée par CapDz met en lumière la concentration de plus de 400 unités industrielles dans la région frontalière d’Oujda, au Maroc, tandis que les analyses et les témoignages recueillis font état d’une contamination préoccupante des eaux. Spécialistes et fellahs évoquent la possibilité de rejets industriels insuffisamment traités et certains soupçonnent même une pollution délibérée. Des accusations graves qui posent, au-delà de la question de la qualité de l’eau, celle de la protection des écosystèmes algériens et des moyens mobilisés pour préserver une ressource stratégique.

Dans la région d’Oujda, la présence d’un tissu industriel diversifié constitue un élément important pour comprendre les interrogations soulevées par la pollution de Oued Mouilah. Les activités recensées couvrent plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, les matériaux de construction, la fabrication de briques, la transformation des métaux, les menuiseries en aluminium, les produits chimiques, les plastiques et les emballages. À cela s’ajoutent des activités commerciales et logistiques, dont les incidences environnementales dépendent notamment de la nature des opérations réalisées et de la gestion des effluents.

La proximité de cette concentration industrielle avec la frontière algérienne renforce les préoccupations exprimées par les spécialistes et les populations vivant dans la région. La question centrale concerne le devenir des eaux usées industrielles et leur éventuel acheminement vers le réseau hydrographique alimentant Oued Mouilah.

L’existence de nombreuses unités industrielles ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir la responsabilité de chacune dans la dégradation de la qualité des eaux. L’identification précise des sources de pollution suppose de disposer de données actualisées, de prélèvements représentatifs et d’analyses permettant de caractériser les rejets et de déterminer leur origine. Mais, au regard des niveaux de contamination signalés, la question de l’efficacité des dispositifs de collecte et de traitement des effluents mérite une attention particulière.

Le Dr Benadda alerte sur des niveaux de pollution alarmants

Spécialiste en sciences de l’eau et enseignant au département d’hydraulique de la faculté de technologie de l’université de Tlemcen, le Dr Lotfi Benadda suit depuis plusieurs années la problématique de la pollution de Oued Mouilah et ses répercussions sur le barrage de Hammam Boughrara. Ses travaux et ses investigations de terrain l’ont notamment conduit à se rendre du côté marocain afin d’effectuer des prélèvements et de mieux appréhender les caractéristiques des eaux en amont.

Le spécialiste fait état de niveaux de pollution particulièrement préoccupants. Il évoque notamment une demande biochimique en oxygène (DBO) pouvant atteindre, dans certaines mesures, près de 900 mg/l, un niveau très élevé qui traduit une importante charge de matières organiques biodégradables. Une telle charge peut entraîner une consommation accrue de l’oxygène dissous dans l’eau et fragiliser les organismes aquatiques. Les préoccupations portent également sur la présence possible de métaux lourds, dont le plomb, qui nécessitent des analyses spécifiques pour en déterminer les concentrations et évaluer les risques associés.

Ces données soulignent l’importance d’un suivi régulier de la qualité des eaux. La nature et la concentration des polluants pouvant varier dans le temps, les dispositifs de traitement doivent être conçus ou adaptés à partir de résultats analytiques fiables et actualisés. Sans cette connaissance précise des contaminants, les interventions risquent de ne pas répondre suffisamment à la diversité des substances présentes dans les rejets.

Des soupçons de pollution délibérée

Au fil des investigations et des témoignages recueillis par CapDz, la question de l’origine des rejets revient avec insistance. Des spécialistes et des fellahs de la région soupçonnent une pollution délibérée de Oued Mouilah, au regard de l’état des eaux observé et des risques qu’il fait peser sur les activités agricoles et les milieux naturels en aval.

Le Dr Lotfi Benadda met, pour sa part, en cause la concentration d’unités industrielles installées à proximité de la frontière algérienne, évoquant plus de 400 établissements dans la région d’Oujda. Il estime que la diversité des activités exercées et la nature potentiellement polluante de certains rejets imposent de s’interroger sur les conditions de gestion des effluents et sur leur éventuel déversement dans le réseau hydrographique.

Ces soupçons, qui traduisent l’inquiétude des acteurs interrogés, doivent être examinés à la lumière d’éléments techniques permettant d’établir les faits et d’identifier les éventuelles responsabilités. La caractérisation des rejets, la comparaison des prélèvements effectués en amont et en aval des zones d’activité ainsi que la traçabilité des effluents constituent, à cet égard, des démarches essentielles. L’enjeu est de passer des alertes et des suspicions à une détermination aussi rigoureuse que possible des sources de contamination.

Un écosystème et une biodiversité sous pression

Les conséquences potentielles de cette pollution dépassent largement la seule question de la qualité de l’eau destinée aux usages humains. Les milieux aquatiques et les écosystèmes associés peuvent être affectés par une charge organique excessive, une diminution de l’oxygène dissous ou la présence de substances toxiques. Selon la nature des contaminants, les organismes aquatiques, les habitats naturels et les équilibres biologiques peuvent subir des perturbations dont l’intensité et la durée dépendent des concentrations mesurées et de la fréquence des apports polluants.

Les risques concernent également les terres agricoles et les activités qui dépendent de la ressource hydrique. Lorsque des eaux contaminées sont utilisées pour l’irrigation, certains polluants peuvent atteindre les sols et, selon leur nature, s’y accumuler. Les métaux lourds appellent une vigilance particulière en raison de leur persistance possible dans l’environnement. L’évaluation de tels risques exige toutefois des analyses complémentaires des eaux, des sols et, si nécessaire, des productions agricoles.

En aval, le barrage de Hammam Boughrara représente un enjeu majeur pour la sécurité hydrique de la région. D’une capacité initiale d’environ 177 millions de mètres cubes, cet ouvrage constitue une infrastructure stratégique, notamment pour l’alimentation en eau et l’irrigation. La dégradation de la qualité des apports provenant de Oued Mouilah complique la gestion de cette ressource et renforce les exigences de surveillance, de contrôle et de traitement.

La pression environnementale se traduit ainsi par des besoins croissants en matière d’analyses, de suivi de la qualité des eaux et de prévention des risques. Pour les gestionnaires algériens, la préservation du barrage et des milieux qui lui sont associés ne peut se limiter à une intervention ponctuelle : elle suppose une vigilance continue et des moyens adaptés à l’évolution de la pollution.

Traiter les rejets et préserver la ressource hydrique

Face à cette situation, la maîtrise de la pollution en amont et la protection des ressources hydriques nationales constituent des priorités. Parmi les solutions techniques évoquées figure la possibilité d’intercepter les eaux polluées à proximité de la frontière, puis de les acheminer vers des stations de traitement adaptées avant leur rejet dans le milieu naturel. La mise en œuvre d’un tel dispositif nécessiterait toutefois des études approfondies, fondées sur des analyses actualisées permettant de déterminer la nature des polluants, leur concentration et les procédés de traitement les plus appropriés.

La gestion des effluents urbains et industriels demeure également un enjeu majeur. L’efficacité des installations d’épuration dépend notamment de leur capacité à traiter les volumes reçus et de leur adaptation aux caractéristiques des rejets. Un suivi régulier de la qualité des eaux, associé à une meilleure connaissance des contaminants, est indispensable pour évaluer les risques et ajuster les dispositifs de traitement aux besoins constatés.

Le Dr Lotfi Benadda souligne, par ailleurs, la nécessité d’aborder la problématique sous l’angle du droit international relatif aux cours d’eau transfrontaliers. Il fait notamment référence à un instrument juridique des Nations unies adopté en 1997, qui prévoit des principes de protection des écosystèmes aquatiques et de prévention de la pollution. Cette référence renvoie à la Convention des Nations unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation. Les conditions de son applicabilité doivent cependant être appréciées au regard du statut juridique des États concernés.

Sur le terrain, l’enjeu immédiat reste la protection de la ressource hydrique nationale face aux apports polluants susceptibles d’affecter Oued Mouilah et le barrage de Hammam Boughrara. La surveillance de la qualité des eaux, la multiplication des analyses, l’identification des substances nocives et l’évaluation des solutions de traitement mobilisent des moyens techniques et financiers importants, dont les besoins s’accentuent à mesure que la pression environnementale persiste.

La préservation des écosystèmes, de la biodiversité et des usages agricoles et hydriques dépend désormais de la capacité à mieux caractériser cette pollution, à en déterminer les origines et à limiter ses effets sur le territoire national. Au-delà des investigations nécessaires pour établir les responsabilités, la priorité demeure la sauvegarde durable des ressources en eau et la prévention des conséquences environnementales et sanitaires liées à leur contamination.

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