Rasha Selmi
Alors que le peuple marocain subit les conséquences d’une sécheresse persistante et de restrictions d’accès à l’eau potable, le Makhzen poursuit une politique d’ouverture aux capitaux étrangers dans des secteurs stratégiques. Le projet agricole annoncé dans la région de Sidi Yahya, portant sur près de 400 hectares consacrés à l’avocat, à la myrtille et à la mandarine, illustre les contradictions d’un modèle qui privilégie les investissements au moment où la souveraineté hydrique du pays est mise à rude épreuve.
Le Makhzen poursuit ses choix économiques au mépris des enjeux sociaux et environnementaux auxquels le Maroc est confronté. Alors que le royaume endure une sécheresse persistante et une pression croissante sur ses ressources hydriques, un projet agricole d’environ 400 hectares, dans la région de Sidi Yahya, prévoit la culture de l’avocat, de la myrtille et de la mandarine, avec la participation d’investisseurs émiratis et des intérêts liés à l’entité sioniste, selon les informations disponibles sur ce projet.
Cette orientation soulève une question fondamentale : comment justifier le développement de cultures potentiellement très consommatrices d’eau dans un pays où l’accès à cette ressource est devenu une préoccupation quotidienne pour une partie de la population ? Les difficultés d’approvisionnement et les restrictions d’eau observées dans plusieurs localités contrastent avec les perspectives de développement de productions agricoles commerciales nécessitant une irrigation soutenue.
L’eau du Maroc, un enjeu sacrifié sur l’autel des investissements ?

La culture de l’avocat est particulièrement exigeante en eau, même si ses besoins varient selon les conditions climatiques, les sols et les techniques d’irrigation. Son développement à grande échelle dans un contexte de stress hydrique impose donc une évaluation rigoureuse des ressources mobilisées et des conséquences sur les réserves locales.
Au-delà de la rentabilité agricole, c’est la répartition de l’eau qui est en jeu. Lorsque les ressources se raréfient, les choix d’affectation de l’eau deviennent des décisions politiques majeures, qui engagent directement les conditions de vie des populations et l’avenir des territoires concernés.
Le Makhzen est ainsi confronté à une contradiction manifeste entre les impératifs de sécurité hydrique et la poursuite de projets agricoles tournés vers la production commerciale. La question est d’autant plus sensible que les conséquences d’une mauvaise gestion de l’eau ne se limitent pas aux exploitations concernées : elles peuvent affecter les usages domestiques, les écosystèmes et les activités économiques locales.
Une dépendance croissante aux capitaux émiratis et aux intérêts sionistes
La participation de capitaux émiratis et d’intérêts liés à l’entité sioniste donne à cette question une dimension politique supplémentaire. Depuis la normalisation des relations entre le Maroc et l’entité sioniste en 2020, les coopérations économiques et stratégiques se sont développées dans plusieurs domaines. Le renforcement des partenariats avec les Émirats arabes unis s’inscrit également dans la stratégie d’ouverture économique du royaume.
Cette orientation pose la question de la maîtrise nationale des secteurs stratégiques. Lorsque des investissements étrangers concernent des terres agricoles et des ressources naturelles essentielles, la transparence sur les contrats, les droits d’exploitation, les volumes d’eau mobilisés et les bénéficiaires des retombées économiques devient indispensable.
Dans le cas marocain, ces choix alimentent une interrogation centrale sur les priorités du Makhzen : quelle place accorde-t-il aux besoins de sa population face aux intérêts des investisseurs étrangers ? La souveraineté ne se mesure pas uniquement à la capacité d’attirer des capitaux, mais également à celle de préserver les ressources nationales et de garantir leur utilisation dans l’intérêt collectif.
Le peuple marocain face aux conséquences des choix du Makhzen
Les difficultés d’accès à l’eau, la sécheresse et les tensions sur les ressources naturelles constituent des enjeux sociaux majeurs. Dans ce contexte, la poursuite de projets agricoles fortement consommateurs d’eau, sans transparence suffisante sur leur impact hydrique, expose les autorités à une question de responsabilité politique : celle de la priorité accordée aux besoins essentiels de la population.
L’impunité dénoncée dans la gestion de ces choix renvoie notamment à l’absence de garanties suffisantes sur la transparence des décisions, le contrôle environnemental et la prise en compte des conséquences sociales. La publication des études d’impact, des autorisations de prélèvement et des conditions d’exploitation permettrait de déterminer précisément les responsabilités et les effets du projet.
Au-delà de ce dossier, l’enjeu est celui d’un modèle de développement qui ne peut durablement faire passer la rentabilité des investissements avant la préservation des ressources vitales. L’eau n’est pas une marchandise ordinaire : elle conditionne la santé publique, la sécurité alimentaire, l’activité agricole et la stabilité des territoires.
En poursuivant son ouverture aux capitaux étrangers dans des secteurs aussi sensibles, le Makhzen engage donc bien davantage que l’avenir d’un projet agricole. Il engage la capacité du Maroc à conserver la maîtrise de ses ressources et à répondre aux besoins de sa population.
Source: Algerie54
