Pollution hydrique et intelligence artificielle – « L’IA peut anticiper les risques de pollution et protéger le barrage de Hammam Boughrara »

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Bakhta. B 

Face à la pollution persistante de l’oued Mouilah et aux risques qu’elle fait peser sur les ressources hydriques de l’Ouest algérien, l’anticipation s’impose comme un levier essentiel. Pour Mustapha Kamel Mihoubi, ancien ministre des Ressources en eau, l’intelligence artificielle et la recherche appliquée peuvent contribuer à mieux prévenir les épisodes de pollution et à protéger le barrage de Hammam Boughrara. Une approche qu’il a défendue dans une déclaration à CapDz, en marge de la conférence internationale IC-TWEP 2026, organisée du 26 au 29 octobre à Tlemcen.

L’enjeu est de dépasser le simple constat de la dégradation de la qualité des eaux pour se donner les moyens d’en prévoir les évolutions. Grâce à l’exploitation des données disponibles et au développement de modèles prédictifs, l’intelligence artificielle pourrait permettre d’anticiper certains épisodes de pollution, d’en évaluer les conséquences et d’alerter les responsables avant que la situation ne devienne plus préoccupante.

Pour l’ancien ministre, cette perspective suppose toutefois de valoriser les connaissances scientifiques déjà acquises sur l’oued Mouilah. Les études et les données existantes doivent servir de socle à des travaux de recherche appliquée, capables de déboucher sur des solutions concrètes, adaptées aux réalités du terrain.

Dans cette optique, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique pourrait jouer un rôle déterminant à travers les programmes nationaux de recherche (PNR) et les dispositifs consacrés à l’innovation et à l’impact socioéconomique. L’objectif serait de mobiliser les compétences universitaires autour de projets ciblés, inscrits dans une durée de deux à trois ans, avec des objectifs clairement définis et des résultats mesurables.

Mais le recours aux technologies prédictives ne saurait, à lui seul, régler une problématique aussi complexe. La fiabilité des modèles dépend de la disponibilité, de la qualité et de la circulation des données, notamment celles relatives à l’évolution de la qualité des eaux, aux débits et aux conditions météorologiques. Dans le cas d’un cours d’eau transfrontalier comme l’oued Mouilah, l’échange d’informations entre les parties concernées demeure donc un enjeu majeur.

Prévenir la contamination du barrage

Au-delà de la surveillance et de l’anticipation, Mustapha Kamel Mihoubi estime nécessaire d’examiner toutes les solutions techniques susceptibles de limiter les risques pour le barrage de Hammam Boughrara, un ouvrage stratégique pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation dans la région et, plus largement, dans l’Ouest du pays.

Parmi les pistes évoquées figure l’étude de mécanismes permettant de détourner les eaux polluées afin d’éviter, dans certaines conditions, qu’elles n’atteignent la retenue. Une option qui ne peut cependant être envisagée sans des études techniques approfondies pour en déterminer la faisabilité, l’efficacité et les éventuelles contraintes.

La vigilance doit également tenir compte des variations hydrologiques. En période de faibles débits, les concentrations de certains polluants peuvent évoluer, tandis que les fortes précipitations et les crues sont susceptibles de mobiliser des substances contaminantes et de modifier rapidement les caractéristiques des eaux. Ces fluctuations renforcent la nécessité d’une surveillance continue, croisant les données hydrologiques, météorologiques et environnementales.

Pour l’ancien ministre, la lutte contre la pollution de l’oued Mouilah appelle ainsi une démarche intégrée, associant recherche scientifique, innovation technologique, coopération transfrontalière et interventions sur le terrain. L’intelligence artificielle ne constitue pas une réponse isolée, mais un outil supplémentaire pour passer d’une gestion essentiellement réactive à une politique de prévention fondée sur l’anticipation et l’aide à la décision.