La marche résolue vers la souveraineté alimentaire

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Wassila. B 

L’Algérie est engagée dans une transformation profonde de sa filière laitière, avec une ambition clairement affichée : atteindre la souveraineté alimentaire et réduire significativement sa dépendance aux importations. Ce secteur stratégique, essentiel à la consommation des ménages, connaît aujourd’hui une dynamique sans précédent, portée par des projets d’envergure internationale et une modernisation de l’ensemble de la chaîne de production. Le constat de départ était pourtant préoccupant. Avec une facture d’importation de poudre de lait avoisinant les 600 millions de dollars en 2021 pour environ 200.000 tonnes, la dépendance du pays pesait lourdement sur les finances publiques, d’autant que ce produit de large consommation bénéficie d’un système de subventions. Conscient de cette situation, le gouvernement a élaboré une stratégie globale visant à restructurer en profondeur la filière, en misant sur le développement de la production locale et l’encouragement des investissements structurants.

Les résultats de cette politique commencent à porter leurs fruits sur le terrain. Le groupe public Giplait, pilier de la filière, a considérablement renforcé ses capacités opérationnelles. En 2025, la collecte de lait cru a atteint 192 millions de litres, enregistrant une progression remarquable de 30% par rapport à l’année précédente. Cette amélioration a permis d’augmenter le taux d’intégration du lait cru national dans la production de lait pasteurisé subventionné, le faisant passer entre 10 et 15%, contribuant ainsi directement à la réduction des importations de poudre et au soutien des éleveurs locaux . Pour renforcer encore sa présence sur le territoire, Giplait a élargi son réseau de distribution avec l’ouverture de 27 nouveaux points de vente directe, portant leur nombre total à 220 à l’échelle nationale, et s’apprête à mettre en service une nouvelle unité de production à Annaba pour mieux approvisionner l’extrême-Est du pays. Mais c’est sans conteste le mégaprojet algéro-qatari Baladna qui incarne le mieux l’ambition algérienne en matière de souveraineté laitière. Lancé dans la wilaya d’Adrar, ce programme d’un montant de 3,5 milliards de dollars vise à créer la plus grande ferme laitière intégrée au monde . La première phase des travaux a débuté en septembre 2024 sur une superficie de 117.000 hectares à Timekten, avec un objectif à terme de produire 50% des besoins nationaux en lait en poudre . Ce projet, qui devrait créer entre 5.000 et 7.000 emplois permanents une fois pleinement opérationnel, repose sur l’utilisation des dernières technologies en matière d’agriculture, d’hydraulique et d’élevage. Les avancées sont aujourd’hui concrètes : le constructeur allemand GEA a été sélectionné pour bâtir la future laiterie, les premières vaches laitières américaines sont en route pour constituer le noyau du futur troupeau qui devrait atteindre 270.000 têtes sur neuf ans, et les travaux de forage de puits atteignant jusqu’à 500 mètres de profondeur ont débuté pour assurer une gestion hydrique rigoureuse, indispensable dans cet environnement saharien.