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Abdelhamid Bouhassoun, président de l’Union des agriculteurs libres de  de Tlemcen :  « Depuis 2005, nous alertons sur les risques pour nos terres et nos ressources en eau » 

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B. Bakhta et Fatima B 

Depuis 2005, les agriculteurs de la bande frontalière de la wilaya de Tlemcen alertent sur la pollution présumée des eaux de l’oued Mouilah et ses conséquences possibles sur l’activité agricole. Dans cet entretien accordé à CapDz, Abdelhamid Bouhassoun, président de l’Union des agriculteurs libres de la wilaya, revient sur les signes observés sur le terrain, les craintes suscitées par la qualité des eaux et les démarches médiatiques et judiciaires entreprises pour faire entendre la voix des exploitants. Il évoque également les risques redoutés pour les vergers, les puits d’irrigation et le barrage de Hammam Boughrara, plaidant pour une évaluation scientifique rigoureuse et une réponse durable à ce problème environnemental.

CAPDZ : Vous affirmez que les agriculteurs de la bande frontalière alertent depuis plus de vingt ans sur la pollution de l’oued Mouilah. Quand avez-vous commencé à constater le problème ?

Abdelhamid Bouhassoun : Nos premières alertes remontent à 2005. Nous avions alors constaté l’arrivée d’eaux que nous considérions comme polluées, en provenance du côté marocain et acheminées vers notre territoire par l’oued Mouilah. Dans cette zone frontalière, les agriculteurs sont directement exposés à cette situation. Nous travaillons au contact de nos terres et observons quotidiennement l’évolution du cours d’eau.

L’aspect de ces eaux nous inquiétait particulièrement. Elles prenaient parfois une coloration rougeâtre, parfois noirâtre, avec, à certains endroits, une sorte de mousse à la surface. Ces manifestations inhabituelles nous faisaient craindre la présence de substances polluantes susceptibles d’affecter l’environnement et l’activité agricole.

Nous ne pouvions pas rester indifférents. Nos exploitations se trouvent à proximité de l’oued et beaucoup d’agriculteurs disposent de puits pour l’irrigation. Nous nous interrogions donc sur les conséquences possibles de cette situation pour les sols, les cultures et les ressources souterraines. C’est ce qui nous a poussés à multiplier les alertes.

CAPDZ : À quelles activités attribuez-vous cette pollution et quels risques redoutez-vous pour les exploitations agricoles ?

Abdelhamid Bouhassoun : D’après les informations dont nous disposions, les rejets seraient liés à des activités industrielles implantées dans la région d’Oujda, notamment des tanneries, des unités de traitement des peaux et des industries de batteries. Nous nous sommes toujours interrogés sur la nature des substances susceptibles d’être déversées dans ces eaux et sur leur persistance dans le milieu naturel.

Notre principale inquiétude concerne les répercussions possibles sur les terres agricoles et les puits utilisés pour l’irrigation. Lorsque des eaux présentant des signes inhabituels de pollution traversent une zone agricole, il est légitime de s’interroger sur leurs effets éventuels sur les sols et les cultures. Pour les exploitants, la qualité de l’eau conditionne directement la pérennité de leur activité.

La région comptait notamment des vergers d’amandiers, de pêchers et de pruniers. Ces plantations représentent des années de travail et d’investissement. Une éventuelle dégradation des ressources utilisées pour leur entretien pourrait donc avoir des conséquences importantes pour les agriculteurs et leurs revenus.

Il appartient toutefois aux analyses scientifiques d’identifier précisément les substances présentes et d’en mesurer la dangerosité. Ce que nous demandons depuis le début, c’est que les observations faites sur le terrain soient prises au sérieux et donnent lieu aux investigations nécessaires.

CAPDZ : Vos préoccupations concernent également le barrage de Hammam Boughrara. Pourquoi cet ouvrage est-il au centre de vos inquiétudes ?

Abdelhamid Bouhassoun : Parce que les eaux de l’oued Mouilah rejoignent le barrage de Hammam Boughrara. Nous nous sommes donc interrogés sur les conséquences possibles de cette pollution sur les ressources qui y sont stockées. Le problème dépasse ainsi les seules exploitations situées le long du cours d’eau : il concerne aussi la préservation d’un ouvrage hydraulique important pour la région.

Dès lors que des eaux suspectées de pollution se dirigent vers un barrage, il est indispensable de contrôler leur qualité et d’évaluer les risques éventuels pour les ressources hydriques. Nous ne prétendons pas nous substituer aux spécialistes, mais les inquiétudes exprimées depuis des années par les agriculteurs méritent des réponses précises.

Nous estimons nécessaire de disposer de données fiables sur l’évolution de la qualité des eaux, afin de déterminer les mesures à prendre. La protection des ressources hydriques exige une vigilance constante et ne peut se limiter à des interventions ponctuelles.

CAPDZ : Quelles démarches avez-vous entreprises depuis 2005 pour faire entendre la voix des agriculteurs ?

Abdelhamid Bouhassoun : Nous avons multiplié les interventions dans la presse écrite et à la télévision pour attirer l’attention de l’opinion publique et des responsables. Nous voulions montrer que cette situation ne constituait pas une inquiétude passagère, mais un problème qui touchait directement les agriculteurs de la bande frontalière.

Nos prises de parole n’ont cependant pas été bien accueillies à l’époque. Il nous est arrivé d’être accusés de vouloir provoquer l’opinion publique en dénonçant les risques liés à ces eaux. Nous l’avons vécu difficilement, car notre objectif n’a jamais été d’attiser les tensions.

Nous avons été traduits en justice, mais nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons fait appel devant différentes juridictions, notamment à Maghnia, à Tlemcen et jusqu’à la Cour suprême. Nous avons obtenu gain de cause, car nous voulions défendre les intérêts des agriculteurs et alerter sur une situation que nous estimions préoccupante.

Lorsqu’un cours d’eau présente des signes inhabituels de pollution et traverse une zone agricole avant de rejoindre un barrage, il est de notre responsabilité de signaler ce que nous constatons. Nous avons poursuivi notre mobilisation parce que nous considérions que la protection de nos terres et de nos ressources en eau devait primer.

CAPDZ : Vous évoquez également une rencontre avec des représentants européens qui se seraient intéressés à cette question. Que s’est-il passé ?

Abdelhamid Bouhassoun : Je me souviens d’une visite de représentants européens dans la région, accompagnés par les services de sécurité. Je les ai rencontrés près d’un petit ouvrage hydraulique et j’ai pu leur expliquer les préoccupations des agriculteurs.

Au cours de cet échange, l’un des représentants m’a indiqué qu’une proposition de financement aurait été faite à la partie marocaine pour contribuer au traitement des eaux et empêcher leur arrivée en Algérie. Selon les explications qu’il m’avait données, cette proposition n’aurait pas été concrétisée.

Cette rencontre m’a marqué, car elle m’a conforté dans l’idée que le problème méritait une attention particulière. Je rapporte ici les propos qui m’ont été tenus à cette occasion. Pour nous, l’essentiel a toujours été de parvenir à une solution durable permettant de prévenir les risques et de protéger les ressources naturelles de notre région.

CAPDZ : Malgré les difficultés rencontrées, qu’est-ce qui vous a poussé à poursuivre cette mobilisation ?

Abdelhamid Bouhassoun : Nous vivons dans cette région et nous sommes les premiers concernés par ce qui s’y passe. Nos terres sont ici, nos familles y vivent et notre activité dépend directement des ressources naturelles. Nous ne pouvons pas constater des changements dans l’aspect de l’eau, nous inquiéter pour nos puits et nos cultures, puis choisir de nous taire.

Nos parents se sont sacrifiés pour l’indépendance de notre pays. Nous avons le devoir de préserver cette terre et de protéger ce qu’ils nous ont laissé. Notre engagement ne concerne pas uniquement les intérêts des agriculteurs, mais aussi l’avenir de nos ressources hydriques et celui des générations futures.

Nous ne cherchons pas la confrontation. Nous demandons que les faits soient établis, que les risques soient évalués avec rigueur et que des mesures appropriées soient prises sur la base de résultats fiables. Les témoignages des agriculteurs doivent être entendus et complétés par les analyses scientifiques nécessaires pour déterminer l’origine de la pollution et ses éventuelles conséquences.

Nous remercions CapDz de donner la parole aux agriculteurs de la région. Nous espérons que cet intérêt contribuera à faire avancer ce dossier. Préserver les terres agricoles et les ressources hydriques n’est pas seulement une préoccupation pour ceux qui travaillent au bord de l’oued Mouilah : c’est un enjeu qui concerne l’avenir de toute la région.

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